L’agroécologie expliquée simplement par Margaux 1/2

Depuis quelques années, le terme « agroécologie » est de plus en plus utilisé : à la télévision, dans les articles de presse, sur les étiquettes de nos produits alimentaires, dans la littérature, dans les discours politiques… Mais qu’est-ce que c’est au juste, l’ »agroécologie » ? Margaux, ingénieure agronome chez NeoFarm, vous donne son point de vue !

Qu’est ce que l’agroécologie ?

Aujourd’hui, on peut définir l’agroécologie comme étant un mode de production favorisant des systèmes alimentaires viables respectueux des humains et de l’environnement (Hazard et al., 2016). Son but est d’atteindre la durabilité et la résilience[1], grâce notamment à une diversité accrue et des relations entre composants du système. La résilience des agroécosystèmes[2] est essentielle pour assurer la sécurité alimentaire aujourd’hui, dans un contexte de dérèglement climatique favorisant les évènements climatiques extrêmes. Les variations climatiques au cours de l’année, et d’une année à l’autre, compliquent en effet l’adaptation des cultures et des agriculteurs aux aléas. La résilience permise par l’agroécologie est donc une clé importante dans le monde d’aujourd’hui, car elle rend les systèmes de production moins vulnérables, et plus respectueux de l’environnement. Mais l’agroécologie n’a pas toujours été définie comme telle !

Planches de culture extérieures sur le site pilote de NeoFarm situé à Saint-Nom-La-Bretèche (78)

Le terme « agroécologie » est apparu pour la première fois en 1928, dans un livre intitulé Caractéristiques agroécologiques : description et classification des chorotypes des variétés locales de maïs (Bensin B.M., 1928), où il désignait alors une discipline scientifique. Sauf qu’entre 1928 et aujourd’hui, la définition de l’agroécologie a beaucoup évolué !

S’il n’y a qu’un seul nom à retenir d’après moi, c’est celui de Miguel Altieri, professeur chilien et américain d’agroécologie et auteur de nombreux ouvrages sur le sujet”.

En 1989, il définit l’agroécologie comme « une approche scientifique pour étudier, diagnostiquer et proposer des alternatives de gestion ‘bas intrants[3]’ des agroécosystèmes, afin de résoudre le problème de durabilité de l’agriculture ». En 1995, Altieri enrichit cette définition initiale en y intégrant la dimension socio-économique et la notion de savoir paysan : « L’agroécologie est la science de la gestion des ressources naturelles au bénéfice des plus démunis confrontés à un environnement défavorable. Cette science, de nature biophysique au sens large, porte ainsi sur l’accumulation de connaissances sur les fonctionnements des écosystèmes (cultivés). Elle conduit à la conception, à la création et à l’adaptation sous la forme participative de systèmes de culture complexes productifs et par suite attractifs malgré un milieu défavorable et malgré un recours très faible aux intrants ».

Quand on parle d’agroécologie, nombreux sont ceux qui pensent également à Pierre Rabhi, écrivain, agriculteur et écologiste français récemment disparu. Le fondateur du mouvement Colibris considérait l’agroécologie comme un mode de vie, ou encore une philosophie. La définition de l’agroécologie allait, pour lui, beaucoup plus loin que la simple agriculture.

Les définitions de l’agroécologie sont donc multiples et évoluent encore aujourd’hui. Mais les grands principes qui la caractérisent sont universels.

Les principes de l’agroécologie

Les grands principes de l’agroécologie sont au nombre de cinq, d’après Miguel Altieri :

  • Favoriser le recyclage de la biomasse[4], optimiser la disponibilité des nutriments et équilibrer les flux entre eux.
  • Assurer des propriétés du sol favorables à la croissance des plantes, en particulier grâce à la gestion de la matière organique et la stimulation de la vie du sol[5]. Cette vie du sol, si elle est bien entretenue, permet d’obtenir une bonne fertilité du sol.
  • Minimiser les pertes liées aux flux d’eau, d’air et de radiation solaire grâce à la gestion des microclimats[6], la récupération d’eau de pluie, et la gestion du sol et notamment de sa couverture par de la végétation. Il s’agit ici d’optimiser toutes les ressources mises à disposition par l’environnement.
  • Diversifier l’agroécosystème, d’un point de vue génétique et du point de vue des espèces, autant dans le temps que dans l’espace. Comme vu précédemment, cette diversité permet une résilience du système.
  • Favoriser les interactions biologiques bénéfiques et les synergies[7] entre les différents composants de l’agroécosystème, afin de promouvoir les processus écologiques clés et les services écosystémiques. Les services écosystémiques sont tous les biens et services que les humains tirent des écosystèmes pour assurer leur bien-être, comme par exemple la production de nourriture, le maintien de la qualité de l’eau, la préservation du paysage… (Sirami, Theau, Ryschawy, 2016).

    Schéma fonctionnel de l’agroécosystème NeoFarm (inspiré d’une intervention de Marc Dufumier à AgroParisTech, 2021)

L’agroécologie incite donc le producteur à s’appuyer sur les ressources offertes par l’environnement, afin de produire durablement, et à atteindre un état d’équilibre du système qui lui permet de s’autoréguler en grande partie.

Afin de prendre en compte la globalité d’un agroécosystème, il est donc essentiel d’adopter une vision systémique en agroécologie, et de travailler sur tous les aspects évoqués plus haut. C’est le prisme par lequel nous voyons le maraîchage bio chez NeoFarm : diversifié, résilient et durable. Et pour aider à ça, on y ajoute un peu de technologie, car comme disait Pierre Rabhi, « c’est dans les utopies d’aujourd’hui que sont les solutions de demain ». “

Dans un prochain article, nous vous présenterons les pratiques agroécologiques mises en œuvre en agriculture, et plus particulièrement celles que nous avons adoptées chez NeoFarm. Alors revenez bientôt !

Références

  • Altieri M.A., 1989, Agroecology: A new research and development paradigm for world agriculture, Agriculture, Ecosystems & Environment, Volume 27, Issues 1–4, Pages 37-46, ISSN 0167-8809.
  • Altieri M.A., 1995. Agroecology: The science of sustainable agriculture. Westview Press, Boulder, Colorado. Édition revue et augmentée.
  • Bensin B.M., 1928, Agroecological characteristics description and classification of the local corn varieties chorotypes. Cité dans Wezel et al., op. cit.
  • Dufumier M., 2021. Conférence dans le cadre de la semaine de l’agriculture paysanne AgroParisTech 2021 : « L’agroécologie pour nourrir correctement et durablement l’humanité toute entière ? ».
  • Hazard L., Monteil C., Duru M., Bedoussac L., Justes E., Theau J-P.. 2016. Agroécologie : Définition. Dictionnaire d’Agroécologie, https://dicoagroecologie.fr/encyclopedie/agroecologie/
  • Sirami C., Theau J-P., Ryschawy J., 2016. Services écosystémiques dans les agroécosystèmes : Définition. Dictionnaire d’Agroécologie, https://dicoagroecologie.fr/encyclopedie/services-ecosystemiques-dans-les-agroecosystemes/

Pour aller plus loin

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[1] La résilience d’un écosystème est sa capacité à retrouver son état d’équilibre après une perturbation, un évènement exceptionnel.
[2] Un agroécosystème est un écosystème cultivé, qui est composé d’éléments biotiques (facteurs relatifs au monde vivant, par exemple les insectes ou les plantes) et abiotiques (facteurs relatifs au milieu, non vivants, comme la température, ou la granulométrie du sol) qui interagissent entre eux au sein de l’environnement d’un espace agricole.
[3] Les intrants sont les différents produits apportés à la terre et aux cultures. Parmi eux, on trouve par exemple les produits phytosanitaires, les fertilisants, les semences, l’eau… Un système qualifié de « bas intrants » est un système qui consomme peu d’intrants.
[4] La biomasse est l’ensemble de la matière organique animale et végétale.
[5] La vie du sol regroupe les microorganismes (bactéries, champignons…), mésoorganismes (acariens, collemboles…), et macroorganismes (vers de terre, araignées, fourmis…).
[6] Un microclimat représente les conditions climatiques d’une zone géographique particulièrement restreinte, significativement distinctes du climat général de la région où se situe la zone en question.
[7] Une synergie est une action coordonnée de plusieurs systèmes ou éléments d’où résulte l’accomplissement d’une fonction.

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