Les engrais verts : principes, fonctionnement et bénéfices

Le semis d’engrais verts est une technique très courante en maraîchage sur sol vivant[1], et plus largement en agroécologie. C’est d’ailleurs une pratique qui fait progressivement son apparition dans la réglementation, comme par exemple dans le cahier des charges du label AB. Dans cet article, nous vous présentons ce que sont les engrais verts et en quoi ils consistent.

Qu’est-ce qu’on entend par engrais vert ?

On appelle engrais vert toute culture intermédiaire à vocation non productive semée sur une parcelle agricole, qui a pour but de fertiliser la culture de vente successive, notamment via l’apport d’azote au sol (Thromas M. et al, 2022). L’engrais vert est donc semé entre deux cultures à vocation productive, et occupe généralement la parcelle pendant plusieurs mois.

Exemple d’un engrais vert pois fourrager/seigle sur une planche de culture maraîchère
Exemple d’un engrais vert pois fourrager/seigle sur une planche de culture maraîchère

Le plus souvent, l’engrais vert est composé d’un mélange d’espèces, afin de tirer profit des avantages de chacune. Une graminée et une légumineuse sont habituellement associées.

Une fois l’engrais vert mené à son terme, il est détruit et la matière est soit laissée sur place, soit incorporée au sol, afin d’en améliorer la structure et de l’enrichir.

Les avantages et inconvénients d’un engrais vert

Selon les espèces semées, les bénéfices fournis par l’engrais vert peuvent varier. Voici quelques avantages de pratiquer cette culture intermédiaire :

– Couverture permanente du sol et donc limitation de l’érosion, du lessivage[2], de la lixiviation[3] et de la battance[4]

– Enrichissement du sol en matière organique et donc amélioration de la fertilité du sol pour la culture suivante

– Amélioration de la structure du sol grâce aux racines (notamment des céréales) et à la matière qui retourne au sol et forme le complexe argilo-humique

– Stimulation de la vie du sol par fourniture de matière organique à dégrader

– Enrichissement en azote du sol dans le cas d’une légumineuse

– Accueil de la biodiversité (“gîte et couvert”)

– Création de biomasse disponible pour du paillage par exemple.

– Rupture des cycles des bioagresseurs (maladies et ravageurs) sur la parcelle

– Limitation des adventices[5] sur la parcelle par compétition avec l’engrais vert

 

Néanmoins, la culture d’engrais vert présente quelques freins pour certains agriculteurs :

– Occupation de la parcelle pendant au moins quelques semaines et donc impossibilité de cultiver des espèces commercialisables

– Difficultés possibles de destruction de l’engrais vert et possible enherbement de la culture suivante

– Coût des semences

– Accueil de certains ravageurs ou maladies potentiellement néfastes pour les cultures voisines ou suivantes

Les bénéfices de l’implantation d’un engrais vert sont à considérer sur le long terme et sont malheureusement peu ou pas visibles immédiatement, ce qui décourage souvent les agriculteurs. Il s’agit pourtant d’une pratique très bénéfique pour la santé du sol et des cultures !

Comment choisir son engrais vert ?

Différents critères permettent de choisir la ou les espèces à implanter comme engrais vert. Le premier critère est l’objectif à remplir par l’engrais vert : amélioration de la structure du sol, accueil de la biodiversité, apport de matière organique, fourniture d’azote… Il est évidemment possible de combiner plusieurs espèces afin de répondre à différents objectifs quand c’est nécessaire.

La période d’implantation est le second critère influençant le choix des espèces d’engrais verts. En effet, toutes les espèces ne peuvent pas être semées à tout moment dans l’année. C’est donc un facteur assez limitant.

Le temps disponible avant la prochaine culture de vente est le troisième critère qui contraint le choix des espèces. Chaque plante pousse à son rythme et il convient donc d’adapter les espèces en fonction du temps disponible pour le développement de l’engrais vert. La vitesse de croissance est elle-même dépendante de la période : une espèce ne poussera pas à la même vitesse en février qu’en juin. Il faut donc aussi penser ce critère en fonction de la saison. Il est important de prévoir un temps suffisant à l’épanouissement de l’engrais vert, car s’il est détruit trop tôt, il n’aura probablement pas eu le temps de remplir l’objectif pour lequel il a été choisi.

Les contraintes liées aux graines et donc au semis sont également à considérer dans le choix des espèces (ITAB, 2005). En effet, selon le matériel utilisé pour semer, toutes les graines ne sont pas adaptées ou ne facilitent pas la tâche. Ce sont donc des paramètres qui peuvent influencer le choix d’une espèce plutôt que d’une autre.

Le matériel à disposition pour la destruction de l’engrais vert est aussi un point important. Si aucun outil n’est à disposition, il faudra alors choisir des espèces destructibles par le gel par exemple. Cette problématique n’est pas à négliger, car si l’engrais vert est mal détruit, l’enherbement de la culture suivante sera difficilement gérable et l’engrais vert portera alors préjudice à la culture de vente suivante.

Enfin, le contexte pédoclimatique peut également entrer en jeu dans le choix des espèces. Selon le type de sol et le climat notamment, certaines espèces sont préférables, afin d’assurer une levée correcte. Une bonne levée permet à l’engrais vert de jouer pleinement son rôle et d’atteindre ses objectifs.

Quelques espèces à utiliser

Généralement, l’engrais vert semé est composé de plusieurs espèces, et notamment d’au moins une céréale et une légumineuse. La céréale dispose d’un système racinaire puissant qui permet d’améliorer la structure du sol tout en créant une biomasse importante. La légumineuse permet quant à elle de fixer l’azote présent dans l’air grâce à ses bactéries symbiotiques et de le restituer au sol.

Voici quelques espèces communément utilisées et leurs bénéfices associés :

– Le seigle fourrager est une céréale semée de septembre à octobre. Le seigle a un effet structurant sur le sol, et permet de concurrencer les adventices.

– Le pois fourrager est une légumineuse implantée entre août et septembre. Cette espèce permet d’obtenir une bonne couverture du sol, restitue de l’azote au sol et produit une biomasse importante.

– Le sorgho fourrager est une céréale à semer de mai à août ; elle permet d’obtenir une biomasse importante et de concurrencer grandement les adventices. C’est une culture qui nécessite cependant une irrigation, ce qui peut être un facteur limitant.

– Le mélilot est une légumineuse semée de mars à mai qui abrite de nombreux auxiliaires.

– Le sarrasin est une pseudo-céréale plantée de mars à juin. Cette espèce est qualifiée de « nettoyante » et adaptée aux sols pauvres. Elle inhibe très nettement la croissance des adventices. Comme les céréales, elle possède un effet structurant sur le sol.

Engrais vert de sarrasin en fleur
Engrais vert de sarrasin en fleur

– La phacélie peut être plantée au printemps ou en août. Elle permet de structurer le sol et d’attirer les auxiliaires mais supporte mal le froid et la chaleur.

Bourdon butinant une fleur de phacélie
Bourdon butinant une fleur de phacélie

– Les crucifères (colza fourrager, radis fourrager, moutarde…) sont des plantes qui libèrent des composés soufrés dans le sol et qui peuvent donc être utilisées pour « désinfecter » le sol des pathogènes. Certaines crucifères ont également un effet nématicide.

Voici quelques exemples de mélanges d’engrais verts que nous avons mis en place sur notre ferme pilote :

– Trèfle blanc nain (pour capter l’azote de l’air) et ray-grass anglais (pour structurer le sol)

– Orge (pour structurer le sol), mélilot (pour fixer l’azote de l’air et pour les auxiliaires) et phacélie (pour attirer les auxiliaires)

– Sainfoin (pour enrichir le sol en azote) et avoine (pour structurer le sol)

– Lotier corniculé (pour enrichir le sol en azote) et seigle (pour structurer le sol)

Alors, quel mix allez-vous tenter pour votre prochain engrais vert ?

Références

Pour aller plus loin

[1] Le maraîchage sur sol vivant est un mouvement regroupant des pratiques inspirées de la nature. L’idée du maraîchage sur sol vivant est de reconstituer dans les parcelles agricoles le cycle naturel de la fertilité des sols par des itinéraires techniques spécifiques : arrêt du travail du sol et apports de matière organique au sol (MO). (Agroécologie Agglomération Lyonnaise, ?)

[2] Phénomène d’entraînement par l’eau de substances fixées sur des particules fines à travers les sols (Actu Environnement, ?).

[3] Percolation lente de l’eau à travers le sol permettant la dissolution des matières solides qui y sont contenues. Le liquide résultant est appelé lixiviat.
Par exemple, l’eau peut ainsi se charger en substances toxiques lors de la traversée des sols ayant servi de décharges, ou des sols contenant des nitrates en quantité (Actu Environnement, ?).

[4] C’est la croûte superficielle compacte formée par l’action des gouttes de pluie et le fractionnement des agrégats à la surface du sol. La formation de croûtes entraîne une baisse de l’infiltration de l’eau dans le sol et ainsi une augmentation du ruissellement. Une croûte de battance a aussi pour conséquence des problèmes de germination et de levée des cultures (Peigne J., 2014).

[5] Plante poussant dans une zone où elle n’a pas été implantée volontairement et où elle est donc indésirable.

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