La lutte biologique, un outil de protection des cultures

L’agroécologie vise à limiter l’utilisation d’intrants et particulièrement de produits phytosanitaires[1], comme présenté dans un article précédent. Mais alors, comment lutter contre les bioagresseurs ? Grâce à la lutte biologique ! Nous vous expliquons tout dans cet article.

La lutte biologique ? Kézako ?

La lutte biologique peut être définie largement comme l’usage d’organismes vivants pour empêcher ou réduire les pertes ou dommages causés par des organismes nuisibles (Riba G., Sforza R., Silvy C., 2022). Il est donc possible d’utiliser des animaux comme des insectes, ou encore des champignons, des bactéries, etc.

La lutte biologique permet donc de limiter l’usage de produits phytosanitaires ou pesticides et donc les IFT[2], en utilisant à la place des organismes naturellement présents dans l’environnement. L’impact négatif sur l’environnement et le risque de pollution sont donc diminués. C’est une méthode de défense écologique et durable, qui s’inscrit donc parfaitement dans les pratiques agroécologiques.

Les différents types de lutte biologique

Il existe trois types de lutte biologique :

La lutte biologique par introduction ou acclimatation : c’est l’introduction dans le milieu d’organismes non présents naturellement dans l’écosystème afin de combattre des ravageurs exotiques. Cette méthode vise, à terme, l’établissement de la population d’auxiliaires dans le milieu, donc son maintien dans l’écosystème afin de réguler sur le long terme les ravageurs. Le but est donc de réaliser un ou plusieurs lâchers à un moment donné puis à ne plus en réaliser par la suite. Cette méthode est donc une méthode curative, mise en place quand un ravageur problématique est détecté dans une zone.

La lutte biologique par augmentation : c’est l’introduction dans le milieu d’organismes exotiques afin de combattre des ravageurs à des périodes données. Cette méthode ne vise pas l’établissement sur le long terme de la population d’auxiliaires. Il s’agit d’un traitement spontané d’une attaque ponctuelle avec, dans ce cas, des lâchers inondatifs, souvent répétitifs, au moment des périodes à risque ou lorsque le ravageur est déjà présent. C’est donc une technique qui peut être utilisée autant en préventif qu’en curatif.

La lutte biologique par conservation : c’est l’augmentation des populations d’auxiliaires déjà présents dans le milieu et de leur impact par manipulation des habitats du site. Cette méthode vise à favoriser la présence des auxiliaires sur le long terme, en leur permettant de s’établir ou de se maintenir sans effectuer d’introduction dans le milieu. Il s’agit simplement de leur fournir le gîte et le couvert pour les inciter à rester dans l’écosystème ! Cela va de soi, mais cette méthode comprend également l’arrêt ou la suppression de toute cause susceptible de nuire à la survie des auxiliaires. C’est une méthode de lutte préventive (Harivelo Ravaomanarivo, ?).

Les différents types d’auxiliaires utilisés en lutte biologique

Il existe trois types d’auxiliaires des cultures utilisés en lutte biologique :

Les prédateurs : ce sont des auxiliaires qui consomment les ravageurs des cultures comme des proies. L’adulte ou la larve mange l’individu ravageur ou sa larve, et consomme généralement de nombreux individus chaque jour. L’exemple typique est la larve de coccinelle qui consomme les pucerons.

Larve de coccinelle prédatant un puceron
Larve de coccinelle prédatant un puceron

Les parasitoïdes : ce sont des auxiliaires qui parasitent les ravageurs. Ils pondent dans l’organisme du ravageur qui joue alors le rôle d’hôte et la larve de l’auxiliaire se développe aux dépens de l’individu, ce qui provoque sa mort. Les parasitoïdes sont des insectes de l’ordre des diptères (mouches) et des hyménoptères (guêpes). Une fois la larve développée et prête à se métamorphoser en adulte, elle émerge de son hôte et peut ainsi aller parasiter à son tour d’autres individus ravageurs. Il existe différents types de parasitoïdes selon si un ou plusieurs œufs d’individus différents sont pondus dans l’hôte (superparasitisme), si des œufs de plusieurs espèces sont présents dans l’hôte (multiparasitisme), si l’hôte est lui-même un parasitoïde (hyperparasitisme), si l’hôte est tué avant d’être parasité (parasitisme idiobionte)… Un exemple classique est une espèce de micro-guêpe qui pond dans des pucerons.

Mouche parasitoïde pondant dans un puceron (source: Biobest)
Mouche parasitoïde pondant dans un puceron (source: Biobest)

Les microorganismes parasites : il s’agit d’organismes de différents types (champignons, bactéries, virus, nématodes) dont le développement entraîne la mort du ravageur des cultures. Un exemple est le champignon Beauveria bassiana, naturellement présent dans le sol, qui s’attaque à plusieurs espèces d’invertébrés comme les thrips ou les pucerons.

Comment utiliser des auxiliaires ?

Comme expliqué dans d’autres articles, il est possible de créer des habitats favorisant la présence naturelle des auxiliaires. C’est la lutte biologique par conservation. Le but est de créer des habitats dans l’écosystème afin d’attirer ou de conserver les auxiliaires naturellement présents dans la zone. Il est aussi possible de les apporter dans l’agroécosystème s’ils ne sont pas présents ou pas assez nombreux.

Avant tout, plusieurs informations sont à rassembler afin de choisir l’auxiliaire, comme par exemple : quel est le ravageur ciblé, quelle est la période de lâcher et donc quelles sont les conditions météorologiques (température et humidité notamment), quelle est l’espèce végétale concernée par le ravage, quelle est l’étendue de la population de ravageurs…

Il faut ensuite choisir l’auxiliaire le plus adapté au ravageur présent et aux multiples contraintes citées plus haut. Ce choix peut être guidé par des conseillers agricoles ou technico-commerciaux d’entreprises commercialisant des solutions de biocontrôle.

Réprésentation de l'évolution des bioagresseurs et des auxiliaires dans le temps
Représentation de l’évolution des bioagresseurs et des auxiliaires dans le temps

Dans un écosystème sain, on observe généralement un délai d’une dizaine de jours entre le pic de présence des bioagresseurs et celui des auxiliaires. Il s’agit du temps nécessaire aux auxiliaires autochtones pour détecter le bioagresseur, coloniser le milieu et commencer la régulation permettant leur reproduction plus importante.

Le lâcher d’auxiliaire est un outil pour réduire ce délai, en augmentant la population d’auxiliaire dès l’apparition des ravageurs, voire en préventif.

Les lâchers curatifs sont aussi possibles dans le cas où les populations de ravageurs sont déjà présentes, mais difficilement régulées naturellement.

Sachet contenant des acariens auxiliaires (source: Biobest)
Sachet contenant des acariens auxiliaires (source: Biobest)

Afin de lâcher des insectes auxiliaires, il est possible d’utiliser différentes méthodes :

– Disposition de sachets ou de pots contenant les auxiliaires sur les branches de la culture ;

– Dépôt des auxiliaires et de leur substrat de nutrition contenus dans un pot sur les feuilles de la culture ;

– Utilisation de gel, bandes de papier, formules argileuses…

Pour utiliser des bactéries, champignons, etc., il suffit de diluer le produit dans lequel ils sont contenus dans de l’eau et de l’appliquer, généralement par pulvérisation, sur les cultures à traiter. Leur utilisation n’est donc pas plus complexe que celle d’un produit phytosanitaire classique.

Bande fleurie sous la serre de notre ferme à Saint-Nom-la-Bretèche
Bande fleurie sous la serre de notre ferme à Saint-Nom-la-Bretèche

Chez NeoFarm, nous utilisons surtout la lutte biologique par conservation grâce à diverses infrastructures de biodiversité mises en place sur le site. Nous réalisons aussi des lâchers d’auxiliaires en préventif, notamment contre les acariens phytophages et les thrips. Dans ces deux cas, nous introduisons Amblyseius californicus et Amblyseius swirskii, deux types d’acariens prédateurs. Il arrive que nous réalisions aussi des lâchers curatifs, lorsque les populations de bioagresseurs sont trop importantes. Ces techniques nous permettent de réguler les populations de bioagresseurs sans recours aux produits phytosanitaires… et ainsi de produire de manière durable et résiliente !

Références

  • Harivelo Ravaomanarivo L., ?. Rôle dans la régulation des ravageurs : la lutte biologique, SupAgro [en ligne], consulté le 25 avril 2022. URL : https://www.supagro.fr/ress-pepites/AC/co/PP_LutteBiol_1.html
  • Ministère de l’agriculture et de l’alimentation, 2021. Indicateur de Fréquence de Traitements phytosanitaires (IFT). URL : https://agriculture.gouv.fr/indicateur-de-frequence-de-traitements-phytosanitaires-ift#:~:text=L’Indicateur%20de%20Fr%C3%A9quence%20de,’un%20groupe%20d’exploitations.
  • Riba G., Sforza R., Silvy C., 2022. « LUTTE BIOLOGIQUE », Encyclopædia Universalis[en ligne], consulté le 22 avril 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/lutte-biologique/

 Pour aller plus loin

 

[1] Un produit phytosanitaire, produit de protection des plantes ou produit phytopharmaceutique, est une substance ou un mélange de substances de nature chimique ou biologique (d’origine naturelle ou de synthèse) utilisé en agriculture, horticulture ou sylviculture pour protéger les plantes cultivées et les produits agricoles stockés contre les bioagresseurs (ravageurs animaux, agents phytopathogènes, plantes parasites, plantes adventices), ou pour optimiser les cultures en favorisant la croissance des plantes cultivées et en traitant leur environnement. (Wikipédia)

[2] L’IFT, ou indicateur de fréquence de traitement, est un indicateur de suivi de l’utilisation des produits phytopharmaceutiques (pesticides). Il comptabilise le nombre de doses de référence utilisées par hectare au cours d’une campagne culturale. (Ministère de l’agriculture et de l’alimentation, 2021).

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